le focus

pourquoi il devient impossible d'habiter en brabant wallon

(sauf si on roule en CLA)

21 octobre 2025

Philippe Engels

GOAL BW a réuni les chiffres nécessaires pour tirer la sonnette d’alarme en Brabant wallon et anticiper une « crise silencieuse » du logement. Créé dans les milieux associatifs, eux-mêmes inquiets de la montée d’une précarité cachée, ce Groupe d’observation pour l’accès au logement a mené un travail de fourmi. Il a croisé les données relatives à l’aménagement du territoire, à la population et au logement. Voici les chiffres clés sur lesquels il fonde son appel aux dirigeants politiques : changez de stratégie.

LES PRIX GRIMPENT

Pour louer un appartement ou une petite maison sur le marché privé en Brabant wallon, il faut pouvoir débourser chaque mois 930 euros, selon les données les plus récentes du SPF Finances – celles de 2024. C’est un prix médian, comme on dit dans le jargon : la moitié des transactions se font au-dessus de ce montant ; l’autre moitié en dessous. À l’achat, il faut compter 375.000 euros pour une maison et 245.000 euros pour un appartement. Concernant les appartements, la hausse est de 40% en dix ans. « La pression foncière propre à une partie du Brabant wallon (l’ouest et le centre) peut expliquer ces prix élevés et croissants, selon Jérôme Vanstalle, l’auteur de l’étude de GOAL BW. On peut même supposer que la raréfaction des terrains à bâtir combinée à une anticipation des politiques de diminution de l’artificialisation des sols génère de la spéculation immobilière. »

LES BUDGETS EXPLOSENT

Selon une analyse publiée en 2023 par le Centre d’études en habitat durable (CEHD), sur l’ensemble de la Région wallonne, une famille monoparentale louant son logement au prix du marché consacre en moyenne 40% de son budget à ce besoin essentiel. Pour les personnes isolées, qui représentent désormais la catégorie de population la plus importante en Wallonie (32,5%), cela monte même à 47%. C’est énorme et dissuasif auprès des banques, pour lesquelles un prêt hypothécaire peut être accordé si ce ratio ne dépasse pas 33%.

Quand elles ne quittent pas tout simplement la province, les personnes mises en difficulté par ces prix et loyers très élevés cherchent parfois à se loger à l’Est de la province, où les prix immobiliers sont plus bas mais où la distance avec les écoles, les magasins augmente. Ce qui alourdit leur budget.

LA précarité AUGMENTE

Il y avait en 2024 17% de personnes en Brabant wallon présentant un risque de pauvreté ou d'exclusion (l'indicateur Arope avec un "e" à la fin intègre les gens concernés par au moins un des trois indicateurs classiques de pauvreté (AROP, SMSD et LWI)).

 GOAL BW a scruté les différents indicateurs de pauvreté (il en existe trois) et le groupe d’observation attire l’attention sur l’un d’eux. Il casse un peu l’image d’une population uniformément nantie. Il s’agit de l’indice SMSD (Severe Material and Social Deprivation), qui chiffre le taux de privation matérielle et sociale sévère. En clair, c’est la proportion de gens dans l’incapacité de se procurer une liste de 13 biens et services nécessaires à une qualité de vie acceptable (chauffer convenablement son domicile, s’offrir une connexion internet, posséder deux paires de chaussures, prendre une semaine de vacances par an à l’extérieur du domicile…). En Brabant wallon, ce taux était de 8% en 2024, selon Statbel. C’est à peine moins que la moyenne wallonne (9%), mais plus élevé que la moyenne belge (6%). Surtout, ce taux augmente de 0.7% sur la période 2019 à 2024. 

Les logements sont inadaptés

Le stéréotype de l’habitant.e du Brabant wallon, c’est : un statut de propriétaire, une maison quatre façades, plusieurs enfants et deux voitures au moins. Dans les faits, on n’en est pas loin. En 2021, dernière statistique disponible, 67,5% des logements en BW étaient occupés par leurs propriétaires. Selon Statbel, en 2024, près de 4 logements privés sur 10 correspondent à la fameuse quatre façades.

Y a-t-il trop peu de logements dans la province la plus jeune et la plus riche de Wallonie, comme le claironnent les promoteurs immobiliers, repris en chœur par beaucoup de bourgmestres ? Non ! En 2024, on y recensait 173.303 ménages et 188.656 logements. Mais trop de logements sont inadaptés. Entre les lignes de son étude, GOAL BW regrette la (trop) grande proportion d’habitat en immeubles à appartements : 25% du total alors que la moyenne régionale est de 18% (en 2001, c’était 16% seulement). Des appartements trop chers, des lotissements à forte nuisance environnementale. « Le développement d’une offre de logement sur de larges parcelles, plutôt adaptée aux hauts revenus et/ou aux ménages de grande taille, pose question », insiste l’auteur de l’étude en conclusion.

IL MANQUE DE LOGEMENTS PUBLICS

GOAL BW parvient aussi à chiffrer le nombre global de logements « d’utilité publique », a priori abordables, donc. Ce n’était pas évident étant donné les différentes catégories qui coexistent : les studios, appartements ou maisons gérées par les Sociétés de logement de service public (SLSP), qui portent ce nom depuis les scandales d’abus de pouvoir et de clientélisme dans le logement social, il y a vingt ans ; les logements fournis par l’Agence immobilière sociale du Brabant wallon (AISBW) ; les habitations proposées par les communes et les cpas ; celles du Fonds du logement. Au total, ça fait 8.231 logements publics. C’est bien trop peu : 4,58% du total. Rien qu’en ce qui concerne les SLSP, 3,3% des ménages domiciliés en BW figurent sur une liste d’attente. Le taux le plus élevé de Wallonie.

pour télécharger
les documents
ou en savoir plus

Cliquer ici pour télécharger le pdf d’un flyer qui compacte le contenu de l’étude « Habiter en Brabant wallon, un privilège ? ». Vous y trouverez une cartographie commune par commune des indicateurs-clés du logement.

Ici aussi, vous pouvez télécharger les fiches spécifiques de GOAL BW en matière de population, de territoire et de logement.

Pour de plus en amples renseignements, consultez le site du Rassemblement brabançon pour le droit à l’habitat (RBDL).

Le Groupe d’observation pour l’accès au logement en Brabant wallon – GOAL BW – s’appuie sur des constats de terrain et les objective en collectant l’ensemble des données disponibles. Il a été créé à l’initiative du Relais social du Brabant wallon, appuyé par le RBDL (Réseau brabançon pour le droit au Logement), le CCBW (Centre culturel du Brabant wallon), Habitat et Participation et le CRIBW (Centre régional d’intégration du Brabant wallon). « Pour pouvoir disposer d’une réelle politique en matière de logement, il faut s’entendre sur les chiffres. Ça a été un travail de deux ans, explique Vincent Wattiez, une des chevilles ouvrières de GOAL. Notre prochain objectif, c’est d’en faire un vrai observatoire, une référence », dit-il.