Quels sont les constats établis par vos équipes dans les sociétés de logements sociaux ?
Là où nous avons créé un dialogue avec les locataires, à Bruxelles, Louvain-La-Neuve, Marche-En-Famenne ou Philippeville, les plaintes des locataires sont identiques. Des travaux ont lieu dans les bâtiments sans que les habitants soient prévenus ou associés. Les décomptes des charges ne sont pas transparents. Il n’y a aucun lieu d’échange avec la direction ou le personnel, qui entretiennent trop souvent les vieux clichés : « Vous avez de la chance d’avoir un logement social, ne vous plaignez pas. » Les locataires sont souvent pris au piège. Chercher autre chose dans le privé est décourageant vu l’écart de loyer.
Dans plusieurs villes ou quartiers où Nationale 4 a déjà enquêté, les marchands de sommeil semblent étendre leur emprise. Vous confirmez ? Est-il important de documenter cette réalité ?
Oui. C’est une des facettes du mal-logement, peut-être la pire. Ce sont des gens qui bénéficient du fait que le logement est organisé comme un marché et qui, de manière opportuniste, en profitent pour faire de l’argent sur le dos des plus précarisés : les sans-papiers, les migrants, celles et ceux qui n’ont pas la connaissance ou l’usage de leurs droits. Ces marchands de sommeil exploitent les défaillances de notre société et sa propension à générer de la misère. Il faut effectivement mettre ces réalités sous la lumière et les dénoncer. Ça fait peur car c’est un monde hyper-violent, proche du trafic d’armes et de stupéfiants. Les milieux associatifs ne peuvent lutter, seuls, contre ces marchands de sommeil. Ceci dit, avec l’aide d’avocats spécialisés, notamment, nous avons pu attirer l’attention sur des cas emblématiques, comme à la rue des Coteaux (Schaerbeek), et montrer qu’il est possible d’éviter l’impunité.
Quels conseils donnez-vous aux gens qui pensent être confrontés à des marchands de sommeil ?
Un : garder un maximum de traces. Se constituer un petit dossier avec des écrits ou même des échanges de sms. Deux : ne pas rester seuls. Éviter le réflexe consistant à chercher une solution en solo. Au contraire, aller voir les voisins, contacter des associations comme le Front Anti-Expulsions, éventuellement s’adresser au cpas. L’essentiel étant de créer un rapport de forces favorable.